Enfant, Roelstra était déjà une tisseuse de charmes d'un pouvoir exceptionnel et usait de la magie la plus complexe avec une aisance surprenante, même parmi les fées. On dit que malgré ce
pouvoir, elle éprouvait une jalousie étrange et obsédante pour la lune et l'influence sans pareil qu'elle exerçait sur les mortels, sur la terre et sur l'essence même de la réalité.
A l'âge de douze ans, elle décida donc de cesser toute activité tant qu'elle n'aurait pas réussi à percer les secrets de cet astre si beau et si puisssant. Durant neuf longues années, elle resta
immobile à l'observer, s'imprégnant de ses rythmes et de sa lumière, faisant siens ses appels et ses tourments et laissant s'éveiller en elle une présence nouvelle et enivrante... l'Amour.
Autour du corps fébrile de Roelstra s'éleva alors une forêt d'immenses et majestueuses fleurs pourpres : comme la fée, elles étaient d'une beauté stupéfiante, mais quiconque avait le malheur de
respirer leur odeur succombait sur-le-champ.
Pendant la journée, elles protégeaient Roelstra comme un rempart de soie et de sang, et la nuit, elles se nourrissaient de son souffle, tressaient ses cheveux et se lovaient autour de son coeur.
La peau de Roestra était maintenant presque translucide et rayonnait doucement : ses ongles s'étaient peu à peu recouverts d'un métal argenté et tranchant comme la mort. Quand à son regard, il
avait bel et bien capturé les rayons de la lune.
Elle ressemblait à un soir d'orage, enfermé dans un coprs de femme.
Roelstra était puissante, mais de la lune elle n'avait pas la force. Bientôt le sentiment d'amour, les pulsations du monde et l'appel des humains commencèrent à la consumer si profondément et si
entièrement qu'elle laissa s'affacer en elle tout désir de retrouver la vie auprès de ses semblables et aussi tout désir d'avoir une existence à elle où ses propres souhaits seraient à même de
trouver leur accomplissement.
Emportée par la vague incessante des émotions humaines et du chant des saisons, Roelstra plongea au terme de ces neuf années dans un étrange sommeil, dont elle ne devait jamais s'éveiller...
Les gardiennes pourpres continuent aujourd'hui à la veiller avec la tendresse d'une mère et la violence possessive d'un amant, vibrant au rythme de ses rêves dans un sanctuaire inconnu des
hommes...





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